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Couleurs du Rwanda
J’ai fait mes premiers pas en Afrique noire dans la région des Grands Lacs avec une association humanitaire, le CCFD (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement) pour un voyage d’immersion. J’ai découvert la pauvreté au Rwanda et la misère au Congo m’a frappé. Deux pays remplis de contradictions et de contrastes effrayants. Malgré les étendues de champs où poussent maïs, sorgho et pommes de terre à profusion, les enfants meurent de malnutrition et les paysans n’arrivent qu’à survivre. Un enfant sur cinq n’atteint pas l’âge de cinq ans au Congo. Entre 17 et 35 % des femmes de moins de vingt-cinq ans sont victimes de viol et/ou de violence au Rwanda.
Mais plus que tout cela encore, j’ai été surpris par l’énorme volonté de ces gens. Leur obstination à s’en sortir va aussi droit au cœur que leur misère. J’ai donc choisi de photographier des sourires, des regards et des visages pour ne pas oublier ces traces de lumière et ces signes d’espoir. J’ai appris là-bas que la survie dépend de la force de voir la plus petite chose positive. C’est pour cela que j’essaie d’apporter un témoignage nuancé. Entre larmes et rictus, c’est parfois derrière les sourires que l’on perçoit toute la difficulté d’une population souffrante et traumatisée par la guerre et le génocide. Tout faire pour subsister, retrouver de l’enthousiasme et du plaisir. Rire malgré tout pour se tourner résolument vers l’avenir. J’ai préféré montrer des soupçons de joie plutôt que des situations de détresse dont l’urgence est cruciale pour la population touchée. C’est avec de belles couleurs que j’ai choisi de suggérer les douleurs.
Parce que je pense que c’est ça aussi le travail humanitaire : redonner confiance et montrer qu’après l’horreur et le malheur, les gens doivent garder espoir et vivre avec leur passé. Reconstruire et ne pas relâcher prise avec le temps qui passe au profit de l’oubli. Ce sont ces personnes qui nous donnent une véritable leçon de vie. Relever la tête et rester tenace face aux épreuves, parce que « le chagrin n’empêche pas une personne courageuse de danser » (proverbe rwandais).